Une bataille locale et nationale

Une bataille locale et nationale

A l’est des Bouches-du-Rhône, l'agglo a su par la persévérance de ses habitants créer une cohésion de réponses publiques en matière de transports collectifs, de collecte et de traitement des déchets, de logement ou d’environnement. La consolidation de la communauté d’agglomération a été un élément central de cette cohésion, et la reconnaissance institutionnelle que gagnée démontre l’efficacité des rassemblements opérés.

La qualité des réponses de santé est une préoccupation première des concitoyens : il est de la responsabilité naturelle des élus d’exprimer ce besoin de cohérence et de proximité des réponses de santé sur un bassin sanitaire qui compte 150 000 habitants.

Public et privé sur un plan d'égalité ?

Si l’existence même de l’hôpital d’Aubagne n’est pas remise en cause, pour l’instant, son rôle central au sein du secteur sanitaire est sur la sellette depuis un certain nombre d’années, par le travail insidieux des autorités de tutelle que sont l’Agence Régionale de l’Hospitalisation et le Ministère de la Santé qui mettent en musique les orientations de fond décidées au gouvernement et au parlement. La philosophie de ces orientations est toute simple : les réponses de santé sont portées tant par les secteur privé que par le secteur public ; les deux sont mis, sur le papier tout au moins, sur un plan d’égalité.

Un exemple de ce mécanisme : en 2003, l’attribution de l’appareil d’IRM (Imagerie par résonnance Magnétique) à la clinique La Casamance, avec la promesse que l’hôpital ne serait pas oublié. Or le centre hospitalier Edmond-Garcin attend toujours ! L’intervention de l’Etat a installé une situation de monopole au profit de cette clinique à but lucratif, drainant ainsi des centaines de patients vers cet établissement.

Plus récemment, ce sont 54 millions d’euros d’argent public qui viendront financer le futur hôpital privé d’Euroméditerranée, alors que la Timone ne pourra pas, faute de financements, construire son pôle mère-enfants. Voilà les choix qui sont faits par le gouvernement avec les ressources tirées des cotisations sociales.

Les lourdes conséquences de la tarification à l’activité

Depuis la réforme de l’hospitalisation publique (plan hôpital 2007 et hôpital 2012) la tarification à l’activité (T2A) a de fait largement favorisé la formation de groupes à l’échelle nationale ou internationale qui ont connu une expansion continue de leur chiffre d’affaires. Les actes les plus rémunérateurs sont ceux sur lesquels le privé a mis « le paquet », en laissant à l’hôpital les tâches non pas ingrates, mais les moins lucratives. Une des conséquences de cette tendance, c’est que ces grands groupes privés (générale de santé, Médica France, groupe Korian, Orpea…) affichent une santé éclatante alors que les déficits cumulés des hôpitaux publics s’élèvent à de 800 millions d’euros par an. En schématisant, on peut dire que dans ce domaine-là aussi, on a privatisé les profits, et on mutualise les pertes.

C’est après 2001 qu’a commencé à s’instaurer un système qui, aujourd’hui, conduit à menacer l’existence ou l’efficacité de plus de 200 hôpitaux publics dans notre pays. Voilà ce que dit le représentant des 15 000 médecins de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, face à cette situation : les restrictions budgétaires sans objectifs médicaux aboutissent à une paupérisation de nos hôpitaux et un découragement des personnels qui y travaillent.

L'impérieuse nécessité d'une complémentarité entre les hôpitaux

L’hôpital d’Aubagne a une santé financière vacillante, mais il existe un principe qu’ont toujours suivi les présidents de son conseil d’administration que sont les maires d’Aubagne : on ne sacrifie ni la qualité des soins, ni les conditions de travail des personnels sur l’autel de l’argent. Et surtout, on travaille à bâtir des réponses concrètes face à ces enjeux.

L’hôpital a obtenu, non sans mal, une subvention pour développer le service de réanimation, il reste à gagner les moyens de son fonctionnement. Il faut obtenir les crédits pour créer un pôle mère-enfant d’excellence, et conforter le rôle de l’hôpital dans le domaine des urgences pédiatriques.

Il faut également se mobiliser pour que le centre hospitalier reste l’établissement de référence. Dans sa situation actuelle, le centre hospitalier d’Aubagne reste un lieu sûr pour se faire soigner, il est en particulier leader dans la prévention des maladies nosocomiales. C’est un formidable outil à préserver et à défendre.

Pour cela, la complémentarité entre les hôpitaux d’Aubagne de la Ciotat et d’Allauch est un atout essentiel. Il existe déjà des rapprochements entre les Comité médicaux d’établissements (CME) au sein du Syndicat inter-hospitalier Aubagne-La Ciotat : là, ou dans une autre structure pourrait se construire un pôle public solide et durable, apte à établir des collaborations avec l’AP de Marseille.

L'hôptal d'Aubagne a subi deux plans de redressement

La chambre régionale des comptes a audité la situation financière de l’hôpital, et a proposé à l’ARH un second plan de redressement, d’une toute autre ampleur que le premier, alors que celui-ci était déjà inacceptable pour le bon fonctionnement de l’hôpital (pour mémoire : non renouvellement des contrats précaires, ralentissement de l’évolution des carrières, réduction de manière drastique des possibilités de formation continue des personnels). En clair, ces mesures amplifient la dégradation des conditions de travail, en rendant l’hôpital public moins attractif pour les jeunes diplômés, les personnels soignants en particulier.

Bien sûr, il est sans doute nécessaire de se réinterroger sur le fonctionnement de l’hôpital, mais certainement pas au détriment de son efficacité en termes de santé publique. Si l’hôpital d’Aubagne ne maintient pas son rang, le rapprochement avec l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille sera une option possible, auquel cas, certaines pathologies seraient traitées à la Timone, d’autres à St Antoine, à l’hôpital Nord. Imaginez les trajets, d’autant que sont concernées des communes aussi éloignées que Nans-les-Pins et Plan d’Aups.

En matière de santé, l’idéologie n’a pas sa place

A Aubagne et dans les communes de l’agglo, on se bat pour l’hôpital comme on se battait hier, toutes tendances confondues, pour la survie de la clinique Fallen. Plus de 700 personnes se sont mobilisées en juin 2008 pour sa défense. Un collectif de défense s’est constitué sous la présidence de Michel Lan, collectif qui regroupe élus, syndicats, représentants des mutuelles, usagers. Depuis, les conseils municipaux des communes de l'agglo ont adopté une motion de soutien à l’hôpital d’Aubagne, 3000 personnes se sont mobilisées pour former une immense chaine humaine autour de l'hôpital d'Aubagne, plus de 12 000 cartes-pétitions ont été signées pour obtenir une IRM... Et ce n'est pas fini !

Le collectif est membre d’une coordination nationale qui regroupe les élus rassemblés pour la défense des 240 hôpitaux qui sont dans des situations similaires partout en France, quand on parle de supprimer 15 à 20 000 postes dans les hôpitaux pour atteindre un équilibre comptable (déjà engagés : 650 postes supprimés au CHU de Nancy, 387 au Havre, 650 à Marseille, 600 à Paris pour 2009).

La mobilisation porte ses fruits

Arguant le fait que le déficit des hôpitaux publics représentent 800 millions d’euros par an (quand la seule Générale de Santé redistribue 420 millions d’euros à ses actionnaires et quand l’Etat débloque 5 milliards pour aider les clients d’Airbus, le gouvernenment souhaiterait écrire le faire-part de décès définitif du service public hospitalier. 15 à 20 000 emplois sont menacés !

Fort heureusement, les appels se multiplient du côté des élus locaux, des professeurs de médecine, des personnels soignants, des syndicats et des citoyens engagés qui dénoncent tous la casse organisée de l’hôpital public. En Pays d'Aubagne et de l'Etoile comme ailleurs (Carhaix et Saint-Affrique pour en citer que deux exemples), la mobilisation locale a montré son efficacité. En multipliant les mobilisations, en coordonnant les actions au plan local, régional et national, les choses peuvent changer. Vont changer !

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Réalisé par Ecedi et Anatome